mercredi 29 octobre 2014

Lilting ou la délicatesse

Film britannique de Hong Khaou (Lilting), avec Ben Whishaw, Chen Pei Pei, Naomi Christie, Peter Bowles et Andrew Leung. Sortie française le 15 octobre 2014.

Lilting (terme désignant un genre rythmé et sentimental de la variété singapourienne) nous conte le chemin parcouru par Richard, dont l'amant Kai vient de mourir dans des circonstances tragiques, pour se rapprocher de Junn, la mère de ce dernier, dame restée profondément attachée à ses racines et non-anglophone. Au terme de ce rapprochement, et après une scène cathartique au cours de laquelle les deux personnages expriment les griefs qu'ils ont l'un pour l'autre, Richard et Junn seront en mesure de faire leur deuil de l'être qu'ils chérissaient le plus au monde d'une manière apaisée, ayant dépassé l'incompréhension qui les murait dans leur douleur, chacun de leur côté.

Cependant, pour reprendre une citation de Lao-Tseu, le chemin que l'on parcourt est plus important que le but poursuivi, et le film s'attache à suivre les petits pas qui insensiblement rapprochent Richard de Junn, par l'intermédiaire d'une traductrice, Vann, que Richard engage pour sortir  Junn de l'isolement dans lequel elle se retrouve plongée au sein de la maison de retraite dans lequel son fils l'a placée, et aussi par l'intermédiare d'Alan, un vieillard encore vert qui partage le sort de Junn et qui, séduit par cette dernière, la poursuit de ses assiduités. Vann est chargée dans un premier temps de faire le lien entre les deux anciens, mais de plus en plus son action se déplace de la relation nouée entre Junn et Alan vers celle qui se noue entre Richard et Junn. Vann aide ces deux derniers à évacuer les non-dits qui empêchent toute véritable communication en les orientant vers une expression sincère de leurs griefs respectifs pour ensuite mieux les dépasser et aboutir à une relation sincère, directe, d'où naît une certaine tendresse.

La comédienne Chen Pei Pei campe une femme asiatique d'un certain âge, attachée à ses racines, avec une réalité bouleversante, en s'exprimant brutalement, sans chichi, "brut de décoffrage", jusqu'à ce qu'elle finisse par être touchée et s'ouvrir à l'attention pleine d'affection que lui témoigne son "beau-fils".

Ben Whishaw, jeune acteur britannique d'une trentaine d'années, dont le physique romantique avait déjà été mis à contribution pour Bright Star de Jane Campion où il jouait le rôle du poète anglais John Keats, ou dans le court-métrage Baby, entre autres, campe son personnage avec une sensibilité et une délicatesse touchantes. Il pleure beaucoup, il a un jeu qui peut paraître bien affecté, tout en parvenant à rendre son personnage crédible et à susciter la compassion du spectateur.

Le réalisateur Hong Khaou a trouvé avec ce film une manière originale de traiter de la trans-culturalité. A noter les belles images que nous offre le film, pourtant tourné en grande partie dans une maison de retraite au décor résolument fifties, d'époque. Cette attention portée à l'esthétique des images était déjà évidente dans son court-métrage Spring, appliqué cette fois à une situation moins originale de rapports sado-masochistes nouée entre deux hommes. Un réalisateur qui certainement mérite que l'on s'intéresse aux futurs projets.








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